Par Dolores Tam
Que vous offriez un contrat ou un service, pouvez-vous imaginer un seul instant que vous puissiez vous présenter à une rencontre professionnelle chaussé de... pantoufles? L’habit ne fait pas le moine, dit-on, mais il est fort à parier que votre image et votre crédibilité en prendraient pour leur rhume! Lorsque la rencontre est virtuelle, votre image est chaussée de la qualité de vos écrits et ce sont eux qui livreront à l’intermédiaire convoité la première impression, celle qu’il ne faut pas rater (malgré ce qu’en dit l’adage). Celle qui vous permettra d’être écouté... ou boudé. Votre langue est-elle bien chaussée?
La pantoufle «moumoute»
Elle est grosse. Énorme! Faite de poils roses, fuschias, orange, elle est souvent affublée d’oreilles de lapin, de cornes de bovins ou d’un air Garfieldien. Elle vous fait le pied gros et vilain. C’est la langue familière. Si elle peut être charmante entre amis, elle n’a pas sa place en affaires! Oseriez-vous tutoyer votre interlocuteur dans le cadre d’une offre de service ou de contrat? Sachez qu’un niveau de langue familier aura le même effet en affaires électroniques! Il offrira une image laxiste, sans poli, voire impolie! C’est risqué, à mon avis.
La pantoufle carpette
Tissée ou tricotée, elle est souvent moins voyante, mais tout aussi choquante. Parente de la carpette anglaise, elle contamine votre style d’anglicismes insidieux, de calques bien juteux et d’une syntaxe boiteuse. Elle ne peut que rendre votre propos nébuleux. Un agent solo «versatile», risque de ne pas terminer son contrat, vite alléché par une offre plus tentante. Visez le polyvalent (l’équivalent de l’anglais versatile) et vous obtiendrez un individu-orchestre d’une souplesse exemplaire. Méfiez-vous de l’«alternative» (ne voulez-vous pas plutôt dire solution de rechange), du «corporatif» (relatif à une corporation professionnelle et non à l’entreprise), et du «sénior» (on dira plutôt aguerri, expérimenté, à moins que vous ne cherchiez un joueur de rugby!) Si certaines personnes n’y voient que du feu, d’autres pourraient mal interpréter vos propos. Choisissez un vocabulaire correct et judicieux, et visez mieux!
La pantoufle minimaliste
Demi-chaussette, restes de laine, elle couvre à peine le pied et existe à peine. Elle est celle du «je-m’en-foutisme» chronique, à moins que l’on ne soit dyslexique. Celui qui la porte collectionne les coquilles, les erreurs de grammaire et les erreurs de conjugaison et les commet à profusion. Votre travail n’exige peut-être pas que vous connaissiez tous les trésors de la langue, mais lorsque vous vous présentez, elle devient une partie de votre personnalité, ne la négligez pas.
La bonne vieille pantoufle
De loin la plus tentante. Elle est vieille, usée et inévitablement trouée ou raccommodée. En écriture, elle se traduit par un douteux et fragile bricolage de bouts de texte, puisés ça et là au sein des fichiers passés. Le résultat? Un texte qui manque de rythme, encore plus décousu qu’une vieille pantoufle en lambeaux, où l’on aura souvent négligé de retoucher un accord ou d’ajuster une expression, en effectuant des changements mineurs, si mineurs en fait qu’ils massacrent complètement le message que l’on veut livrer. Si vous désirez vous inspirer de vos traits de plume passés, réécrivez plutôt le tout en vous inspirant de vos textes et non en les copiant partiellement et en les «raboudinant»! Et puis, cessez de vous répéter! Votre imagination ne demande qu’à être sollicitée. Abandonnez les clichés, à bas les phrases usées!
La pantoufle de verre
Oh qu’elle est belle, qu’elle resplendit et qu’elle attire les regards! Et puis ce n’est pas vraiment une pantoufle dira-t-on, puisqu’au bal, elle chaussa Cendrillon! Ah détrompez-vous, malheureux! Même en prêtant à votre pantoufle le sens évanoui d’un siècle lointain, vous raterez la cible. Votre style paraît brillant, certes, mais n’est-il pas un tantinet agaçant? Les niveaux de langue s’y chevauchent-ils sans raison et tentez-vous de briller au-delà du message? Rédigez-vous une chronique? Non. Vous rédigez un document d’affaires. Laissez les exercices de style à ceux qui s’y complaisent (bizarre, je me sens visée, là...), votre message doit être clair, concis et solide. Les sauts d’un niveau de langue à un autre distrairont votre lecteur. Adoptez un niveau de langue correct, votre texte n’en sera que plus éloquent.
Surtout, souvenez-vous, que votre pantoufle soit de verre, de laine, de peluche ou de coton, qu’elle soit contemporaine ou celle d’un siècle passé, elle n’a pas sa place dans une discussion d’affaires! Quelles que soient les circonstances, une langue bien chaussée ne peut que contribuer à la qualité de votre image. C’est un premier pas vers la crédibilité et vers des gens de qualité.
Cherchez-vous un bon chausseur?
À tout malaise, il y a solution. Vous pouvez être un as dans votre domaine sans être un champion de la plume. Il vous faudra alors un outil pour soigner vos écrits. Lorsque l’on offre ses services ou un contrat, le temps presse souvent et on n’a pas toujours à portée de la main un réviseur aguerri, mais il ne faut pas pour autant abdiquer ni se complaire en son état de «pantouflard»!
Voici de quoi vous aider à trouver chaussure à votre pied:
• Les correcteurs intégrés à certains texteurs: Ils peuvent aisément repérer certaines coquilles, vous évitant de commettre les erreurs les plus grossières. Sachez toutefois que leur efficacité laisse souvent à désirer.
• Les correcteurs spécialisés: Il existe un outil merveilleux, que j’utilise depuis plus de six ans (dans une autre vie, je suis allée jusqu’à l’ajouter aux conditions d’embauche, à plusieurs reprises) et qui vous épargnera souvent bien des soucis: Antidote Prisme. C’est un correcteur orthographique et grammatical, nanti d’un dictionnaire des synonymes et des antonymes, d’un conjugueur et d’une grammaire. En quelques minutes, il lancera l’alerte sur vos coquilles, vos erreurs, les vilains anglicismes et les coquines impropriétés. Il n’existe qu’un seul bémol à l’utilisation d’un tel logiciel : le danger d’accoutumance et de gonflement des connaissances langagières croît avec l’usage.
Bien sûr, les solutions logicielles ne remplaceront jamais l’oeil de lynx d’un réviseur aguerri, mais atténueront vos maux de langue et contribueront à soigner l’image professionnelle que vous vous apprêtez à projeter à l’écran de vos interlocuteurs.
Dolores Tam
Site Web: http://www.francopee.com/carnet/
Profil sur AgentSolo.com: DoloresTam
À propos de Dolores Tam: Rédactrice chevronnée, elle était récemment recrutée par Druide informatique, qui avait depuis longtemps conquis son âme langagière et mérité son admiration. Aussi connue sous le pseudonyme de «grande rousse», elle signe un cybercarnet voué au français, où elle a notamment publié le Glossaire subjectif du jargon carnetier.
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